« Qu’est-ce que la Vérité ?… »

Qu’est-ce que la Vérité ? ‘… D’aucuns considéreront la célèbre sortie de Ponce Pilate comme l’expression définitive de la sagesse universelle. Reste que dans sa bouche à lui, cette profession de foi conserve quelque chose de singulièrement ténébreux, de l’ordre de la démission, de la fuite perpétuelle, de la pirouette rhétorique à même de déresponsabiliser la conscience. Maladie occidentale s’il en est, la négation de la Vérité entretient sa propre hypocrisie, son propre malheur, sa propre violence, sa propre prison d’angoisses métaphysiques. Hélas, au royaume des hyper-narcissiques, on n’est plus à un désordre mental près.

Il est des pénombres qu’on a la liberté de refuser dans l’intimité de sa conscience. Aussi vrai qu’on peut choisir de ne pas se laisser dévorer corps et âme par les chimères nihilistes. Évidemment, ce choix s’assume au prix de la vie sociale, voire au prix de la vie tout court. En ce monde établi sur des perspectives strictement horizontales, aimer « la » Vérité plus que soi-même coûte très cher et ne paie pas. Mais une perspective verticale demeure et la conscience est plus que jamais invitée à y trouver du sens, son sens, « le » sens.

De ce que j’en ai expérimenté, la Vérité se laisse approcher pour peu qu’on accepte de la recevoir au-delà des apparences et des chimères confortables de la rhétorique. Oui, la Vérité se trouve, par principe, derrière les déguisements, derrière les jeux de masques, derrière les conformités hypocrites (et souvent très habiles) de l’ingénierie sociale. Aussi, il est probable que derrière un homme vertueux ne se trouve pas toujours un homme vertueux, que derrière un malade mental ne se trouve pas toujours un malade mental, que derrière un ami ne se trouve pas nécessairement un ami. Il est évidemment probable que derrière tel ou tel discours séduisant se dissimule souvent un prédateur vorace. Et moi qui sait cela, suis-je encore ennemi de la Vérité par le moyen de l’art ? Que Dieu m’en préserve.

Au travers de ces trois opéras j’ai cherché à capter le contour lumineux et apaisant de la Vérité, la Vérité qui – au delà des apparences – réconcilie durablement l’âme avec la conscience et, plus encore, avec Dieu. Car, en définitive, la Vérité, soit on l’aime et on se donne sans retenue à son autorité libératrice, soit on cherche à la manipuler et on se soumet au poison le plus mortifère, déchiré sous l’empire de la mort, sous les mécanismes pervers et angoissants du mensonge.

Les Etangs, Zandvoort Fall, Le Crépuscule des Fous : trois opéras, trois saisons distinctes, trois collisions de consciences avec la Vérité. Sur la forme, la prise en charge des livrets par les voix demeure volontiers ambivalente. Il s’agit davantage de fragments de paroles distribués au gré de temps flexibles. De huis-clos en apartés, de monologues juxtaposés en dialogues intérieurs, j’ai la vision de mises en espace sobres, à l’image des champs d’action qui apparaissent très limités. Du reste, entre élans oniriques et tableaux réalistes, les personnages n’entrent, ni ne sortent : ils sont simplement là, se révélant d’abord par eux-mêmes, comme de perpétuels greffons à l’omniprésence orchestrale.

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