A PROPOS

Autant que je m’en souvienne, l’écriture a germé au sortir d’une improbable rêverie de jeunesse. Et en Lorraine, à cette époque, par delà les prédispositions mystérieuses du coeur, par delà les premières expérimentations fructueuses, les contours du chemin restaient évidemment à définir.
Je n’imaginais pas où le désir d’écrire allait m’enraciner et à quel point il s’agissait de savoir qui j’étais vraiment. Conservatoire. Université. Mise en mouvement standard. A dire vrai, je ne vivais pas bien le théâtre fatiguant des égos, ni celui des autres, ni le mien. Et je me méfiais de l’inévitable surplomb des jougs institutionnels. L’institution humaine ambivalente, qui promet de former l’être à venir en vue de sa liberté autant qu’elle s’emploie à l’enfermer et le dévorer à son unique profit. A l’horizon du nouveau siècle, je l’avais compris, on est particulièrement libre lorsque personne ne nous attend, lorsqu’on évolue raisonnablement éloigné des redevabilités systémiques et des réseaux de servitude.
“Votre problème à vous, c’est que vous n’êtes personne” conclut un jour, à raison, un directeur de programmation. Que dire ? On ne peut être au bénéfice de tout et son contraire… Libre à moi de faire de ma réalité une force au service d’une démarche authentique et d’un artisanat de qualité. De mes années d’études, je suis sorti sans prix, ni distinction, ni début de réseau, ni véritable appétit de carrière. Parallèlement, j’ai été admis à l’agrégation de musique.
Devenu professeur pour l’Education Nationale dans un lycée de Seine-Saint-Denis, je n’ai pas déserté l’atelier d’écriture, bien au contraire. Au gré des circonstances, des ouvrages de toute nature ont vu le jour. Des partitions à l’ancienne, parfois légères, parfois plus profondes, souvent contrapuntiques, aux vibrations tantôt modales, tantôt dodécaphoniques. J’ai surtout travaillé à connaître et entretenir ma terre intérieure, accompagner avec patience la germination et la croissance des semences dans leur diversité. Et aussi confidentielle qu’ait été ma trajectoire musicale, je crois avoir progressé à la faveur du temps long. Expérimentant de mieux en mieux le point d’équilibre saisissant où le monde émotionnel, le monde intellectuel et le monde spirituel s’harmonisent – se (ré)concilient – dans l’oreille et sous la plume.
1995-2025. Je me suis mis en mouvement sans chercher à devenir l’homme des critères de mon temps. Et fondamentalement, l’écriture musicale a été un grand miroir de Vérité à même de révéler l’être et l’être au monde. J’ai beaucoup reçu : une oreille intérieure honnête, une expérience harmonique sérieuse, le goût du travail bien fait. Parallèlement, j’ai accepté mon chemin d’insignifiance. J’ai appris à mourir aux mirages du commerce et aux regards des autres. J’ai appris à ne pas attendre, ne pas dépendre, ni en dialogues, ni en promesses, ni en réponses.
Parfois, il m’a semblé qu’on me laissait entendre un peu de la grande musique du Ciel. Une Harmonie extraordinaire, à nulle autre pareille ! Dès lors, commente dire ?… J’ai appris à me taire afin de mieux écouter.
S.D., Août 2025
“Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu.” Colossiens 3, v.2