POLYPHONIES VOCALES
Dès mes tous premiers travaux, les choses de la voix ont naturellement rencontré les choses de la foi. L’écriture polyphonique a cappella m’apparaissait alors comme un espace d’expérimentations où pouvaient se définir et s’affiner bien des projections spirituelles, harmoniques et poétiques. Modéliser, fixer et développer des idées… En définitive, je n’ai pas le sentiment d’avoir maîtrisé grand chose. Au mieux ai-je appris à lâcher-prise au gré des vents favorables. Car l’Esprit qui stimule le processus créatif souffle comme il veut.
Icons raconte ce lâcher-prise intime. A la faveur d’une convergence de circonstances inspirantes Icons est apparu à la croisée des chemins, entre les fulgurances d’un été et les lentes ruminations de l’automne suivant. Entre paix et vertige, entre passé et avenir, entre terre et Ciel. 25 ans après Requiem (mon premier opus), les 12 motets d’Icons cristallisaient à leur manière le chemin parcouru. C’était l’opus 40. Je sentais qu’une saison s’achevait. Une autre s’ouvrait.
A l’été 2025, qu’elles paraissaient loin, les années 1990, quand j’étudiais avec intérêt les processus de musique répétitive : mécanismes d’imitations par plans sonores, déphasages mélodiques, etc. A cette époque-là, sur le fil de mes premières partitions, je cherchais des chemins structurels à même de redéfinir la notion traditionnelle de ‘thème’ et ‘d’harmonie’. Je cherchais à m’éloigner d’un traitement strictement mélodique et à expérimenter des textures sur la base des matériaux textuels. Rien de très novateur certes, mais les expériences musicales étaient exaltantes et méritaient d’être abouties.
A cette époque, mon deuxième opus fut un petit cahier de motets qui témoigne aussi des aspirations esthétiques de la fin de mes années d’études, à Nancy. J’eus le privilège d’enregistrer ces travaux en 2001 avec le soutien de la Région Lorraine et l’aide active d’amis chanteurs, en l’occurence l’ensemble vocal “Expressions” dirigé par sa fondatrice Nicole Schneider.
Quelques années plus tard, le choeur “La petite Fugue” de Luxeuil-les-Bains, dirigé par Pierre-Yves Martin, me commandait Carmina Burana Fragments. Le projet m’a conduit à revisiter les grands modèles polyphoniques médiévaux. L’occasion de réfléchir en profondeur à la mise en espace des sons, à la définition du temps musical, à toute une série de figures harmoniques qui m’animaient. Les 9 numéros qui constituent cette oeuvre ont été créés au printemps 2007 dans la célèbre Chapelle Notre-Dame du Haut, dite “Le Corbusier” de Ronchamps. Un souvenir acoustique et humain marquant.
Une pièce de concours d’après un sujet imposé, à savoir un extrait de la Divine Comédie de Dante. Le concours est passé, l’ouvrage est resté.
Et puis, en 2018, il y eut l’épisode ‘Gilets Jaunes‘… Le sentiment profond que la grande déconstruction économique, sociale et culturelle – que l’esprit hypocrite et répugnant du “Grand Reset” – était bel et bien aux commandes et à l’agenda. Et dans ces années-là, parfois, lorsque lorsque la coupe débordait, que j’avais un peu trop envie de vomir, de crier ou de pleurer (de fait, les occasions ne manquaient pas) je me mettais à l’écriture. Au risque, parfois, de garder ce qui sortait.
Ecrire. Ecrire pour apprendre à cheminer, apprendre à canaliser, apprendre à discerner. Apprendre par-dessus tout à centrer sur Dieu ce “moi” tellement facile à emporter, à dérouter ; ce “moi” en devenir, si aisément perdu au milieu de tant de vents contraires et chimériques.