TROIS CANTATES

Quelques improvisations hasardeuses s’étaient immiscées dans la douceur littéraire du Cantique des Cantiques. Et les petits bourgeons polyphoniques se sont développés tel un jardin en devenir… The Enclosed Garden convoque l’élan spirituel passionné et fondamental de la Torah. Car, à l’évidence, le magnifique jardin du Cantique des Cantiques n’est pas sans évoquer l’Eden perdu de Genèse. Un sanctuaire d’Amour et de liberté, tantôt lumineuses et éthérées, tantôt plus ombragées, voire claires-obscures. Tout au long de ce cheminement entre désir et retenue, les sonorités du vieil anglais biblique de la version King James ont été une matière première inspirante. A même de me ramener au madrigalisme ancien autant qu’aux motets de la fin du XXème.

The Enclosed Garden a libéré une énergie et définit un cadre propice à l’écriture de Tale of a Summer Road qui a l’esprit d’un petit carnet de voyage. Une échappée obsessionnelle et onirique, tandis qu’à l’été 2025, je m’évadais à l’improviste sur des routes caniculaires du Grand Est, au milieu des champs d’éoliennes et des vastes territoires agricoles. A partir de sept courts extraits du livre de l’Ecclésiaste, j’ai imaginé un piano relativement répétitif autour duquel se déploient librement un ténor soliste et une nuée de voix féminines sans texte, au timbre à la fois rugueux et fantomatique.

Cette architecture, je l’ai retrouvée un an plus tard, en abordant La Noble Etreinte, un ouvrage intimiste qui prolonge à sa manière Tale of a Summer Road. On y retrouve une construction en 7 numéros, conduits par un piano mécanique, une voix masculine soliste et un petit choeur féminin. Ici l’atmosphère est riche de 9 instruments traités à la manière d’un petit orchestre de chambre. La Noble Etreinte est toute à la fois un credo, une suite de ballets, un cycle de mélodies, voire une sorte de ‘roadbook’, tandis qu’au seuil de l’été, je déambulais au milieu de mes souvenirs dans la forêt de Claudon, dans le sud des Vosges…