LES CHEMINS PROPHETIQUES
Livre I, Le Murmure des Heures
2022-2023. Apprendre. Réapprendre encore… Accepter de m’asseoir pour entendre. Pour écouter. Laisser se suspendre le temps agité d’en bas et me soumettre à l’ordonnancement – à l’ordre – des “choses d’en haut”. C’est probablement là la grande affaire de ma petite vie. Me taire. Ecouter, lire, prier et puis me taire à nouveau et écouter encore. Au fil des heures à arpenter seul le grand champ à côté de la maison, j’ai tant appris tandis que, par la grâce de Dieu, venaient tout à la fois la métamorphose intime et la musique.
Livre II, Les Corps Célestes
De ce soir de septembre 2024 où, à la faveur d’un ciel nocturne dégagé, je suis resté longtemps allongé à contempler les constellations. En admettant dans un grand vertige toutes les réalités parfaitement insaisissables de l’Espace et du Temps (…) De quoi me sentir infiniment fragile, vain, insignifiant. Dérisoire à l’échelle de l’Univers comme à l’échelle de ma minuscule et précaire condition terrestre. Leçon d’Humilité primordiale… A Dieu ne plaise, ce soir-là, fébrile, je suis allé à la musique comme on s’abandonne aux pieds de “celui que les Cieux des Cieux ne peuvent pas contenir” (1 Rois 8 : 27). En ne sachant pas, au fond, si je maîtrisais quelque chose de l’ouvrage qui était en train de surgir où si, mystérieusement, c’est moi qui étais maîtrisé à travers lui, comme pour tout l’ouvrage de ses Mains.
Livre III, L’Âge de Silence
Hiver 2025. A celui qui apprend à se taire, à celui qui apprend à écouter, souhaitons qu’il apprenne aussi à bien vieillir. Vieillir debout, éveillé contre vents et marées dans l’Amour et l’intégrité. Une question me saisit encore : moi qui marche quelque part entre l’éphémère et l’Eternel, suis-je réellement ancré dans ma destinée ? Ne suis-je pas complètement à côté de la plaque, voire carrément fou ? In fine, le pire qui puisse arriver à un artiste est de devenir la caricature pathétique et orgueilleuse de lui-même en ses ruminations solitaires. Et je vomis l’idée de devenir le metteur en scène, usurpateur, narcissique et tyrannique d’un récit qui me dépasse totalement, quoi qu’il demeure profondément le mien et que j’en reste le témoin maladroit. Je refuse d’enfermer la révélation prophétique dans “mon” arbitraire intellectuel et artistique. (…) Il faut conclure. Me laisser vider du vieux vin et laisser l’Esprit me remplir d’un vin nouveau, conformément à la saison nouvelle qui arrivera. Et s’il y a un appel prophétique agissant quelque part dans des profondeurs insondables à vue d’homme, j’aime à penser qu’en définitive, il invite à un certain silence de l’âme.