EPILOGUE

Savoir écrire de la musique est un métier, savoir se vendre en est un autre ! Et, dans ce domaine-là, je me suis vu singulièrement à contre-courant du monde. Un monde saturé de précipitations, de sollicitations où l’Ecoute est indigente, où les courriers restent sans réponse, où les ébauches de dialogues n’ont pas le temps d’approfondir, où les considérations marketing semblent définitivement écraser l’artistique. A mesure que mon travail gagnait en épaisseur, les portes restaient closes. A l’approche de la cinquantaine, les mythologies de jeunesse me sont apparues vertigineusement anachroniques au regard du plafond de verre de la réalité. Or, s’il est une chose que je redoute vraiment en vieillissant, c’est finir esclave d’une laborieuse et pathétique caricature de moi-même en mon isolement. Il faut savoir prendre acte. D’une saison à l’autre, la sagesse m’invite à négocier dignement un virage et j’ai à coeur de ne pas manquer ce rendez-vous-là. (…)

De fait, comme pour une sorte de deuil, j’ai été tenté de tout enterrer, de réduire au silence, voire d’effacer purement et simplement tout ce corpus de “traces”. Toutefois, il me paraitrait parfaitement immature et injuste de taire ce qui a tellement été, de nier ce qui m’a construit et d’en rejeter les bons fruits. Reste qu’il n’a pas été simple de concevoir ces quelques pages web, de choisir un angle de restitution aussi honnête et équilibré que possible. Pas simple d’éviter le mauvais story telling et les travers d’excès dont je me sais coutumier. Pas simple d’achever le grand archivage de ces trente ans de vie musicale en restant authentique. En vérité, rien n’est simple : ni la peur du “trop” ni celle du “pas assez”.

Cependant, toutes maladresses pardonnées, toutes naïvetés entendues, je n’ai pas à rougir de mon parcours, ni de mes acquis, ni de mes appels intimes. Et au fond du fond, “Garder traces” c’est honorer le Saint-Esprit avec gratitude et intégrité, Lui qui fut au centre de tout ceci, Lui qui restera victorieux des profondeurs comme il fut victorieux du trop fameux “syndrome de l’imposteur”. Quoi qu’il en soit ou n’en soit pas, tout ce qui relève du pur Miracle méritera toujours d’être partagé.